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Retour sur deux journée d’accélération sur le Low-tech au Pôle Pixel

lundi 13 avril 2026, par Christophe Monnet, Juliette Monaco, Kaïna Vella

L’objectif était d’explorer des alternatives "low-tech" dans la création artistique en environnement numérique, en s’affranchissant de la surenchère technique (IA, métavers, NFT) pour privilégier des dispositifs plus sobres et participatifs.

La conception de ces projets s’est appuyée sur trois "défis" thématiques (n°1, n°2 et n°4), le défi 3 a été abandonné par manque de participants pour constituer des groupes. Ces défis sont élaborés comme des cadres de réflexion pour bousculer nos habitudes technologiques. Ces défis ont permis de transformer des enjeux de société complexes, comme la transition écologique ou la réappropriation des outils, en véritables pistes de création concrètes et accessibles.

Pour répondre à ces trois défis dans un temps limité, nous avons pu faire appel à une équipe ressource composé de régisseurs techniques, développeurs web ainsi que des artistes comme Soriana, spécialisée dans le végétal et le prototypage en carton.

Pour prolonger l’expérience, un journaliste culturel a suivi l’intégralité du sprint créatif afin de capter l’essence des échanges et des prototypes. Cette immersion a donné lieu à une série de capsules sonores enregistrées en direct, permettant une restitution vivante et immersive des projets sous forme de podcasts à écouter après l’événement.

Défi n°1 : Penser un numérique interactif, collectif et joyeux

Ce défi part d’un constat critique : l’industrie des technologies a souvent dépossédé les citoyens de leur pouvoir d’action sur les outils numériques, créant des espaces parfois isolants ou passifs. L’objectif ici était de redonner ce pouvoir aux publics par le biais de la "convivialité" et du "partage des savoirs".

L’enjeu : Comment transformer le spectateur passif en acteur de l’œuvre ?

La piste : Utiliser des dispositifs interactifs simples (comme le kit Maki-Maki) pour favoriser le lien social et un sentiment de capacité à faire soi-même (encapacitation).

Défi n°2 : Art numérique et écologie – Un mariage impossible ?

Ce défi interroge le paradoxe de la création numérique, filière dont le rapport au matériel et à l’énergie est particulièrement lourd (fabrication des terminaux, consommation des centres de données). Il s’agissait ici de prôner la "robustesse" et la "sobriété".

L’enjeu : Peut-on concevoir une exposition qui ne dépasse pas une consommation de quelques kWh ou qui repose sur du matériel de récupération ?

La piste : S’inspirer du permacomputing (minimiser les ressources informatiques) et de la réutilisation pour inventer un numérique éco-responsable qui dure dans le temps.

Défi n°4 : Le Low-Tech dans l’art ou la fabrique du merveilleux

Ce défi s’attaque à l’idée reçue selon laquelle l’immersion et l’émerveillement ne passeraient que par des technologies de pointe (VR, mapping 360°, écrans géants). Il propose de puiser dans l’histoire des dispositifs optiques et mécaniques (dioramas, théâtres d’ombres) pour réinventer la magie.

L’enjeu : Comment des œuvres techniquement simples peuvent-elles nous surprendre autant, voire plus, que des dispositifs high-tech ?

La piste : Privilégier la simplicité et l’interactivité sensorielle pour prouver que le "merveilleux" naît avant tout de la rencontre entre un dispositif ingénieux et l’imaginaire du public.

Présentation des différents projets :

« La fabrique du merveilleux » : L’imaginaire par les sens

Ce projet explore la « fabrique du merveilleux » en montrant que stimuler nos sens (le toucher, l’ouïe) aide à s’évader dans l’imaginaire, parfois mieux que la vue. Le dispositif nous plonge dans l’ambiance d’une fête foraine : le visiteur, les yeux bandés, se laisse porter par une bande-son et un système qui imite le mouvement d’un manège.
L’expérience prouve que notre cerveau et notre imagination sont bien plus puissants que les mondes virtuels et les machines complexes pour créer de l’émerveillement.

En choisissant des outils simples et économes, on évite d’utiliser des technologies gourmandes en énergie, tout en plaçant les capacités de réflexion et de ressenti de l’utilisateur au premier plan. En limitant l’usage de la technologie, le dispositif demande au public de participer mentalement, transformant une contrainte écologique en une véritable force créative.

« AspireMaData & Co » : Une satire de la captation de données

Le projet AspireMaData & Co est un jeu participatif et satirique conçu pour sensibiliser le public aux mécanismes de collecte des données personnelles. Les participants y incarnent des directeurs commerciaux ou des actionnaires d’une entreprise de robots aspirateurs connectés, chargés d’imaginer des fonctionnalités lucratives basées sur l’exploitation des données privées. À travers l’humour et l’improvisation, le jeu met en lumière les logiques économiques qui poussent à la multiplication des objets connectés. Ce dispositif transforme un sujet technique complexe en une expérience collective permettant de comprendre les stratégies invisibles des plateformes numériques.

« La Disco(low)tech » : Une création festive collective

Sous le slogan « Do your party yourself ! », cette installation démontre qu’il est possible de créer une ambiance de fête avec des outils mécaniques.

Le cœur du dispositif est inspiré du travail de Métal Brulant, artiste du collectif La Poursuite, spécialiste des “objets roulants” non identifiés". Il s’agit d’un vélo-vinyle : une platine fixée sur un vélo d’appartement et reliée au système de pédalage. Le public choisit un disque contenant de la musique, puis doit trouver la vitesse de pédalage appropriée pour obtenir le bon son. Si le rythme change, le son se déforme, créant une interaction physique directe avec le public.

En complément, une essoreuse à salade détournée projette des éclats lumineux comme une boule disco, tandis que des carrousels en carton créent des jeux de lumières colorées. Le kit Maki-Maki permet de déclencher des sons personnalisés en touchant des objets conducteurs.

Le clou du spectacle a eu lieu lors de la restitution finale. Les participants et les visiteurs extérieurs ont pu tester l’installation, qui a rencontré un vif succès. La piste de danse s’est animée au rythme des cyclistes : le public dansait sur un tempo changeant, calé sur l’effort de la personne qui pédalait pour faire chanter le vinyle. Une preuve concrète que la low-tech, alliée à l’artisanat de récupération, peut générer une ambiance électrique et humaine.

Des tutoriels DIY pour propager la fête low-tech

Loin de vouloir garder ses secrets de fabrication, l’équipe a conçu ces dispositifs avec une ambition claire : la reproductibilité. Pour que la Disco(low)tech ne reste pas un prototype isolé, des tutoriels de fabrication « Do It Yourself » (DIY) détaillés ont été créés et mis à disposition du public. Ces fiches pédagogiques et illustrées, véritables guides de « recettes » techniques, décomposent la construction de chaque élément en étapes simples et accessibles.

Qu’il s’agisse de fabriquer « La Saladance » (le générateur lumineux à partir d’une essoreuse), « La Boule Discount » (la boule disco de récupération) ou le système « En roue libre » (le générateur à pédale), chaque tutoriel liste le matériel nécessaire (carton, bouteilles PET, vieux CD, engrenages de jouets, câbles divers) et guide l’utilisateur pas à pas, schémas techniques et conseils de montage à l’appui. Une section Maki-Maki explique même comment réaliser les connexions pour transformer des objets ordinaires en instruments de musique.

En diffusant ces savoir-faire, l’équipe invite chacun à s’approprier ces technologies frugales pour recréer une ambiance festive, humaine et interactive, n’importe où et avec très peu de moyens. C’est une invitation concrète à passer du statut de consommateur de technologie à celui de créateur conscient et autonome.

A suivre ..